Le Relais de la Poste – Le Twenty Club

MOUSCRON VILLE FRONTIÈRE

Jean-Noël Coghe : “À Mouscron, on s’arrachait les 45 tours des pionniers du rock : Gene Vincent, Bill Haley, Elvis Presley, Eddie Cochran, Buddy Holly et les autres.  Les nombreux cinémas de la ville affichaient de 15 heures à 23 heures des films américains comme Graine De Violence (Richard Brooks/1955), La Fureur De Vivre (Nicholas Ray/1955) ou Bagarre Au King Créole (Michael Curtiz/1958) avec le Pelvis.

À l’entracte, des orchestres régionaux tels que les Eagles Stones, les Quatre Rock et autre Korrigans (sponsorisés par la lainière de Roubaix) jouaient bruyamment quelques standards. Dans les allées du cinoch, les jeunes se défoulaient en dansant sous l’œil discret du patron de la salle.

Les magasins de vêtements vendaient jeans, boots, tee-shirts, vestes en cuir. La bière coulait à flots dans les brasseries et les discothèques. Tous les jeunes rêvaient de posséder un deux-roues.

Pour se déplacer et être autonome, mais aussi pour draguer les nanas. Mes parents ne voulaient pas me voir en blouson de cuir ni rouler en scooter Alors j’empruntais les deux chez mon voisin, Jean-Pierre, qui avait plus de chance que moi.”

Les marchands de journaux augmentaient leur chiffre d’affaires grâce à Juke Box et à Disco Revue, des magazines rock, respectivement d’origine belge et française.

Roubaix ou environs se rendaient dans les clubs ou dancings, implantés à Mouscron. L’un d’eux, Le Relais de la Poste, situé au 18, Grand Place, entrera tout doucement dans l’histoire à l’instar de la Cavern de Liverpool ou du Marquee à Londres.

1965 – LE RELAIS DE LA POSTE FAIT PEAU NEUVE ET DEVIENT LE TWENTY CLUB

Le Relais de la Poste avait toujours été apparenté à un dancing pour les familles. En 1964, Jean Vanloo a décidé de procéder à de grands travaux de rénovation. Ainsi l’ancienne salle s’est rapidement transformée en un club typiquement british, qui a été rebaptisé Twenty Club.

Désormais, il y avait une scène digne de ce nom et une cabine spécialement conçue pour le disc-jockey. L’ouverture a eu lieu en septembre. Ce sont les Shake Spears, très populaires dans le Nord de la France avec The Saint qui ont assuré l’inauguration. Le Twenty Club devient alors un lieu mythique où se succèderont tous les groupes de rock de l’époque.

1966 – The Kinks

En mars 1966, les Kinks sont programmés au Twenty Club. C’est un événement de taille. You really got me, A well respected man et Till the end of the day sont tous classés numéro un en Europe comme aux Etats-Unis. Devant les centaines de demandes de réservation, Jean Vanloo décide d ‘organiser le spectacle sous chapiteau.

Cheveux mi-longs, pantalons moulants pied-de-poule ou à grands carreaux, les Kinks aiment la provoque. Leur jeu de scène se veut à la fois sexy et frénétique. Quant à leur style musical, il se caractérise par un rythme à la fois lancinant et brutal, accentué par les voix rauques et sensuelles de Ray et de Dave Davies.

La tournée se poursuit, le lendemain, sur la scène d’un cinéma de Liège Au début du show, l’ambiance est plutôt bon enfant. Mais très vite, les choses prennent une autre tournure. Au lieu de rester assis, les jeunes de plus en plus électrisés, se lèvent de leur siège, se mettent à battre des pieds et menacent d’envahir le podium.

Le directeur de la salle prend peur pour ses beaux fauteuils et commet la gaffe de monter sur scène afin de calmer les jeunes trop bruyants.

Cette intervention inappropriée suscite la colère du public qui réclame qu’on le vire. Alors, j’ai vu Dave Davies décocher un magistral coup de pied au derrière du malheureux qui a disparu dans les coulisses. Finalement le concert se termine sans aucune casse.

Jimi Hendrix à Mouscron

Jean-Noël Coghe : À l’époque, Jimi et son groupe sont quasiment inconnus. Johnny Halliday lui propose d’assurer la première partie de ses spectacles en France. Jimi accepte et se retrouve à l’Olympia le 18 octobre 66. La presse en parle mais pas assez. Mais moi je décide de faire un grand papier dans Rock & Folk avec Jimi en couverture.

Lorsque j’entends pour la première fois la version anglaise de Hey Joe, je suis subjugué par la voix sauvage du chanteur. Je me renseigne sur ce groupe qui se fait appeler The Jimi Hendrix Experience et j’apprends que le manager n’est autre que Chas Chandler, l’ancien bassiste des Animals, reconverti dans la production musicale.

Le trio est constitué de Jimi Hendrix, chanteur et guitariste ainsi que de Noel Redding à la basse et de Mitch Mitchell à la batterie.

En mars 1967, Jimi revient en France. Après un concert qui se déroule dans l’enceinte d’une faculté de droit parisienne, devant un bon millier d’étudiants en tenue de soirée (avec les Pretty Things au programme) nous retrouvons nos chambres d’hôtel respectives.

Il est six heures du matin. Jimi, ses musiciens (et moi) sommes exténués. Pourtant trois heures plus tard, le van est déjà prêt pour reprendre la route en direction de la frontière. Nouvelle étape : l’incontournable Twenty Club de Mouscron. Le concert doit avoir lieu à dix-sept heures.

Vêtu d’une veste militaire et d’un costume de velours rouge, Jimi se donne sans retenue à sa musique et entreprend un show éblouissant, certainement le plus réussi de la tournée. Quelle ambiance !

Il faut dire aussi que les spectateurs de la région, gavés de concerts et de musique moderne, sont de fins connaisseurs. La voix de Jimi est forte, colorée, magnifiquement nuancée. On le sent aussi à l’aise dans l’interprétation du rock que dans celle du blues.

Cet envoûtant personnage domine totalement son instrument et lui arrache des sons effarants. Et puis quelle dextérité ! Après le show, Jimi me confie que pour lui, sa guitare tient l’importance et la place qu’une femme peut avoir chez d’autres. Il apprécie que je compare son jeu de scène instinctif à l’accomplissement de l’acte sexuel.

En juin 1967, le mythique Twenty Club de Mouscron ferme définitivement ses portes et disparaît avec ses glorieux souvenirs.

Le dernier groupe à se produire sont les Yardbirds avec Jimmy Page en soliste.

Un nouveau club, le Piblokto anciennement appelé Ram Dam, prend la relève à Dourges grâce aux efforts d’un ancien instituteur, Albert Warin. Une page se tourne dans l’histoire du rock de la région.

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